• L'affaire Goldman Sachs : le CDO incriminé sous la loupe

    L'affaire "SEC contre Goldman Sachs" risque de faire du bruit. La banque doit faire face à une plainte civile lancée contre elle par la Securities and Exchange Commission américaine qui l'accuse de conflit d'intérêt dans un montage réalisé début 2007. La banque aurait en effet vendu à certains investisseurs un CDO (Collateralized Debt Obligation, voir le glossaire) adossé à des crédits subprime au moment où le marché de ces produits "toxiques" commençait à se retourner. C'est en effet en janvier 2007 que sont apparus les premiers craquements sur l'indice ABX qui suit la performance des produits structurés à base de crédits hypothécaires. Soit plusieurs mois avant l'éclatement véritable de la crise des subprimes en juillet 2007.

    Goldman nie avoir trompé délibérément ses clients sur la qualité du montage en question. Mais là où le bat blesse c'est que la firme a pris position des deux côtés du deal : à la fois comme acheteur et comme vendeur de ce produit, en se couvrant à la baisse auprès de l'assureur AIG (ce dernier qui est passé à deux doigts de la faillite en septembre 2008 a laissé plusieurs plumes sur ce deal). Jusqu'ici tout est légal comme le mentionne d'ailleurs le document de présentation du produit ABACUS 2007 AC 1 incriminé dans cette affaire.

    En fait ce qui est reproché par la SEC à la "firme" c'est d'avoir eu des informations privilégiées sur la qualité de certains des crédits qui étaient inclus dans ce montage, informations contractées auprès du financier John Paulson qui avait pris une position "courte" sur ce montage - c'est à dire vendeuse - sans avertir ses autres clients qui eux étaient "longs". Même si le prospectus mentionne la possibilité d'une telle rétention d'information confidentielle, cette pratique semble assez "borderline" en termes déontologiques d'autant que la firme était "juge et partie" sur ce montage.

    Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la structure de ce montage pour en mesurer la complexité (voir ci-dessous). On sait aujourd'hui que la plupart des modèles utilisés pour "pricer" ce type de produits étaient erronés à cause du manque de recul historique et de défauts conceptuels de ces modèles (basés sur la "copule gaussienne"). C'est l'expérience de marché et le flair de quelques financiers aguerris comme John Paulson et son "quant" vedette Paolo Pellegrini qui ont fait la différence. Ce dernier aurait d'ailleurs joué un rôle clé dans les contacts établis entre le fonds de John Paulson et les équipes de Goldman impliquées dans le montage du deal incriminé.

    Mais plus que l'aspect technique du produit c'est bien la notion de "due diligence" et de responsabilité fiduciaire d'une banque vis-à-vis de ses clients qui sont visées par la plainte de la SEC. Peut-être est-ce le prélude d'une nouvelle ère de responsabiité à Wall Street ? Il est trop tôt pour le dire mais dans tous les cas il semble que la SEC se soit réveillée d'un long sommeil sous l'impulsion de sa nouvelle présidente, Mary Shapiro, nommée à ce poste stratégique par Barack Obama en décembre 2009. Gageons que d'autres affaires du même accabit impliquant les plus grandes institutions de Wall Street vont être révélées dans les mois qui suivent. Décidémment, on n'a pas fini d'entendre parler des subprimes !

     

    Le CDO ABACUS 2007 AC 1 incriminé dans l'affaire Goldman Sachs


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